La raison du plus fort
juillet 20, 2006
Lui, il a raison.
Elle aussi.
Lui me dit que je n’en fais pas assez, que je n’agis pas, que j’ai l’air de jouer aux opprimés, que je ne fais que de me plaindre. Il a raison. Il faut que j’arrête. Je n’ai pas de raison, ou tout au moins, ça n’apporte rien de bon.
Elle me dit des choses à demi-mots que je comprends tout de suite. Pas besoin d’en dire plus.
Alors faisons le tour de la situation. Rapidement.
Question logement, c’est la merde. Je n’ai pas de chez moi, juste un bout de territoire volatile dans lequel je n’ai aucune place. Chez moi, c’est ma bagnole, mon bureau. Guère plus. Allez, j’en dis un peu plus. Je me suis fait de nouveaux amis, des huissiers et le Trésor Public. Ils m’adorent.
Question argent, mon unique planche de salut serait que 10000 euros tombent du ciel, directement sur mon compte en banque, afin que je puisse rembourser tout ce que je dois. Ben ouais, c’est pas mal hein ? On peut en faire des choses avec tout ça ! Moi, ça me permettrait juste de repartir.
Question affectif, merde, ça c’est compliqué. Enfin non, c’est plutôt le désert de Gobi. Je ne suis pas suffisamment libre pour qu’on puisse m’aimer et pas suffisamment disponible pour apporter quoi que ce soit à qui que ce soit. Je n’ai rien à offrir parce qu’une partie de moi est morte sur le champs de bataille.
Question autre… J’ai des amis. Heureusement. Si je n’avais pas autour de moi un tant soit peu de soutien, je ne serais plus là depuis longtemps.
Question famille ? Ma mère me casse les couilles. Elle n’est jamais là quand il faut et toujours quand il ne faut pas. Mon père aussi me casse les couilles. Il ne s’intéresse à moi que depuis que j’ai un fils. L’instinct de grand-père se réveille. Plus ça va, plus je les hais. Ils n’ont jamais été aussi absents de ma vie que depuis que j’ai des emmerdes. Mon frère est un branleur, ma soeur également, mais elle au moins est indépendante. Mon portable ne sonne pas. Mon parrain m’ignore et je l’emmerde. Mon oncle Alain est mort en 1986, il est parti parce qu’il en avait marre lui aussi. Il avait 33 ans.
Heureusement, j’ai mes grands-parents. Malgré leurs 80 ans, ils sont toujours là pour moi, toujours à me consoler quant j’ai envie de pleurer, même si quand je les vois, je fais tout pour garder une figure digne. J’aurais aimé qu’ils soient fiers de moi. Moi qui socialement suis complètement cassé.
Je n’ai plus rien à faire ici. Il faut que je me trouve un autre trou.
Un jour, c’est certain, je mourrai.
Si toutefois un jour je meurs de manière violente, personne ne le saura. Vous ne le saurez pas. Personne n’a les clefs et de toute façon, personne ne sera averti.
Si toutefois un jour je pars d’ici pour un autre pays, un pays dans lequel il n’existe pas de gens comme moi, je vous le dirai forcément, et puis vous n’aurez plus de nouvelles de moi.
Si toutefois un jour je décide de m’effacer complètement, et je sais que je peux en avoir le courage, je vous le dirais aussi, au tout dernier moment, parce que je ne veux pas qu’on me retienne.
Je ne vois rien d’autre à dire, si ce n’est que non, je n’ai pas besoin de me plaindre, juste de dire ce qui est, parce que je n’aime pas cacher et encore moins mentir.
Je ne possède rien, je n’attends plus rien, je ne suis plus rien, du moins aux yeux de cette France qui m’a poussé dans le ravin.
Pourtant, j’arrive parfois à avoir de l’estime pour moi même, et lorsque je suis là, près de vous, j’essaie toujours de garder le sourire, d’être d’une agréable compagnie, même si rien dans cette vie ne me donne des raisons de l’être.
Je crois, à présent, que vous me connaissez. Plutôt bien.
Plein de bisous. Je pense à toi.
Pour le moment je n’arrive pas à dire quelque chose de plus intelligent. Plus tard, peut-être…
Y’a rien à dire. Le simple que vous soyez là est mon plus grand réconfort.
“Si toutefois un jour je pars d’ici pour un autre pays, un pays dans lequel il n’existe pas de gens comme moi, je vous le dirai forcément, et puis vous n’aurez plus de nouvelles de moi.”
C’est drôle. Je voulais faire pareil. Partir vite et très loin.
Et n’oublie pas de m’envoyer les photos avant hein
Allez, tiens bon, ça va passer, c’est juste un contretemps.
Mouais, un contretemps qui dure longtemps
Change de mesure.
Nan, efface mon dernier commentaire, plus je le relis et plus je me dis que tu ne vas pas l’interpréter comme il le faudrait.
Ce qui est dit est dit.
si je gagne la grosse cagnotte au loto samedi (je dis pas ça en l’air par ce que je joue pour de vrai, hein!) , 10000 euros te tomberont bien du ciel, nos zamis ici présents en sont témoins
A dans 48 heures, donc
Candy, j’espère de tout coeur que je ne te porterai pas la poisse !!!
Un gros bisou à toi
He ne peux rien te dire de plus que je ne t’aie déjà dit
“Accepter la part de malheur qui, inévitablement, ternira votre vie: c’est cela être heureux. Mais pour y arriver, il faut être capable de faire passer ce qui vous arrive par l’essorage de sa machine à laver personnelle. Cela ne signifie pas se résigner et baisser les bras. Douter de soi ne suffit pas. Il faut aussi être habité par des certitudes, des convictions, une obstination.”
(Philippe Labro)
“Je” – pas “He” (huhuhu)
Tu sais, il y a des trucs qui nous arrivent dans la gueule sans qu’on les voit venir, et tout à coup, le fric, l’espace et toutes les petites merdes très terre-à-terre deviennent soudainement insignifiantes. On se rend compte que l’important n’a pas à voir avec ça.
C’est fou le nombre de conneries que l’on relègue aux oubliettes quand on réalise qu’il y a un chrono et une date d’échéance à sa vie. Et là, on vit à plein. Parce que.
Ouais, c’est toi qui as raison, je m’en suis rendu compte il y a cinq minutes…
Benoit > d’accord, les histoires de fric, dans la globalité de l’univers, c’est insignifiant. mais c’est quand même sacrément pénible à vivre au quotidien, surtout quand on est financièrement responsable d’autres personnes.
alors oui, il faut relativiser, mais se dire que “bon t’façons, un jour on crève tous”, ça fait pas avancer le schmilblick
Fabienne, quand t’apprends que t’as un cancer et que, d’un côté, t’as 50-50 de chances de t’en tirer, et que de l’autre, si ça passe moins bien, t’as entre 24 et 60 mois à vivre, ça donne ce que j’ai écrit ci-dessus.
Et comme c’est ma situation, tu m’excuseras, je ne relativise pas. Je vis.
C’est comme quand tu traverses la rue, t’as 50-50 de chances de te faire écraser par une voiture. Donc bon. Faut relativiser un peu.
Courage et n’en perds pas ta bonne humeur pour autant. Continue de vivre, pas de survivre.
Je te fais confiance pour comprendre la nuance.
Benoît > je suis vraiment navrée, je ne connaissais pas ta situation. Je te présente toutes mes excuses.
Je vais ajouter ça sur ma carte de visite: Fabienne, gaffeuse et casseuse d’ambiance professionnelle.
LOL! Meu non. Disons que j’y ai été un peu raide, sauf que bon, mettons que les docteurs y ont été un peu raide avec moi.
Mais le fond était que ce n’est pas nécessairement relativiser (expression qui me hérisse un tantinet par ce qu’elle sous-entend) que de mettre les emmerdes matérielles dans ce qui – selon moi – est leur juste perspective.
J’ai passé une grande partie de ma vie à stresser pour des choses que seul le temps et le travail pouvait réussir à régler. Mais en bout de ligne, j’ai contenté qui? Le système.
Et le temps perdu avec mes enfants, parce que je bossais trop, j’en fais quoi maintenant?
tu n’as pas été “raide”, tu as été franc, et j’apprécie.
pour le reste, je préfère ne rien ajouter ici, de crainte de ne dire que des banalités…
ça fait quelques jours que je cherche quelque “chose” d’intelligent et d’utile à te dire – mais je n’y arrive pas—
Pourquoi?
Hé ben c’est très simple, à quelques détails près, j’ai eu la grande impression que tu parlais de moi (famille casse-couille, 10000 euros qui pourrait aider à repartir, sentiment très fort de ras-le-bol, etc…)
Que dire lorsqu’on est à peu de choses près dans la même situation?
Rien … si ce n’est “soldat nous sommes sur le même champ de bataille, serrons-nous les coudes. Je suis là dans la mesure du possible, tu as mon no de phone (si tu l’as gardé), tu as mon mail, et puis si tu décides de partir à l’étranger tu as plus que mon soutien, on vient avec!”
Tu as bien raison, nam-nam. Depuis le temps que je lui dit de s’amener à Montréal!
je suis dans la même situation sauf ke j’ai preske plus de famille